Amadou Toumani Touré : "Je ne suis pas détenu par les mutins, je suis libre" au Mali
29 March 2012, Jeune Afrique
Le président malien Amadou Toumani Touré a
accordé mercredi 28 mars sa première interview depuis le coup d'État militaire
du 22 mars au Mali. Il explique qu'il va bien et n'est pas retenu par les
mutins. Pour le reste, l'homme n'est pas très prolixe...
Dans sa première intervention depuis le coup
d'État militaire qui l'a renversé, le 22 mars dernier, le président malien Amadou Toumani Touré commence par soutenir
la position de la Cedeao, qui a tenu un sommet extraordinaire
sur la crise malienne à Abidjan, le 27 mars. « Je souscris entièrement aux
propositions faites par les chefs d'État [ouest-africains, NDLR] pour une
sortie de crise dans notre pays. Cela s'entend par le retour à l'ordre
institutionnel normal (…) et à éviter toute aventure. Cela passe aussi par la
remise en place des institutions de la République qui ont été démocratiquement
élues par le peuple souverain du Mali», confie-t-il sur RFI ce 28 mars.
ATT affirme ne pas se trouver en détention,
même s'il tient à garder secret son lieu de résidence. « Je suis à l'intérieur
du Mali, chez moi, au Mali. (…) Je ne suis pas détenu par les mutins. Je suis
libre dans mon pays. » À la question de savoir comment il se porte, le
président malien répond : « Oh, bien ! Je me porte très bien, la seule chose
qui me manque, c'est un peu de force (…) Je me porte très bien, aussi bien que
ma famille. » Et d'esquiver la question sur son entourage et les personnes qui
assurent sa sécurité. Est-il ou non entouré de fidèles ? « Je ne pourrais pas
vraiment le dire, dans tous les cas. Il y a toutefois quelques militaires que
je garde pour moi-même », répond-il. On ne saurait être plus évasif…
Calme et détachement
En ce qui concerne la situation politique,
ATT ne fait en tout cas montre d'aucune acrimonie envers les mutins putschistes, et parle avec un grand calme, presqu'un
certain détachement. « (…) À deux mois de la fin de mon mandat, je reste
disponible et c'est tout compréhensible, pour toute solution allant dans le
sens de la paix et de la souveraineté de la démocratie malienne. C'est un
exemple démocratique auquel avec tant d'autres Maliens, tant d'autres
démocrates (…) j'ai contribué à la mise en place. Je veux parler de la
démocratie. »
Une démocratie qui l'a fait chef d'État, une
fonction dont il semble cependant ne plus vouloir assumer le statut. Pour
preuve, quand on lui demande s'il se considère toujours comme le « président du
Mali », il explique ne pas vouloir « rentrer dans cette polémique. Je me
considère d'abord comme un citoyen malien, comme un démocrate. Je me considère
également comme un homme qui agit pour son pays, nettement moins pour lui que
pour son pays. »
Fidèle à son style, ATT préconise une
solution à la crise à base de larges négociations, sans beaucoup plus de
précision. « Je pense que le plus important aujourd'hui c'est, de manière
consensuelle, avec l'ensemble de la classe politique du Mali, et l'ensemble des
chefs d'État de la Cedeao, c'est de dégager une sortie de crise. Je pense
qu'aujourd'hui le plus important ce n'est pas les hommes. C'est les
institutions et c'est le Mali. »
Esquives et évitements
Serait-il toutefois disposé à laisser son
siège sans condition, ou à le confier au président de l'Assemblée nationale, Dioncounda Traoré ? Là
encore, la réponse est plutôt floue… « Je pense que la question n'a pas encore
à être posée. Mais sachez qu'il y a vingt-deux ans je ne pensais pas pouvoir
être élu dans mon pays. Vingt-deux ans après je suis encore là, face à cette
crise. Vous savez que pour moi, c'est le Mali d'abord, et le Mali avant tout »,
répète-t-il.
Même évitement lorsqu'on lui demande si la nouvelle Constitution proposée par la junte est «
recevable » - « ce n'est vraiment pas à moi de décider » - ou s'il est
favorable à une intervention miliaire, comme le suggère la Cedeao - « je serais
très mal à l'aise de répondre à des questions qui n'ont pas été posées ». Au
final, outre les précisions sur sa santé, ATT n'aura véritablement répondu qu'à
une seule question : a-t-il ordonné à sa garde présidentielle de ne pas
combattre les putschistes pour éviter une effusion de sang ?
« Non, non, non : dans tous les cas de
figures, d'aucune manière, je ne le souhaiterai jamais. Que des soldats de
l'armée malienne tuent d'autres soldats de l'armée malienne… Non, pour moi, ce
sont des soldats et officiers de l'armée. Vous imaginez que je n'aurais jamais
souhaité d'affrontement entre les forces armées, uniquement pour protéger un
homme. Ce n'est pas important. L'important aujourd'hui, c'est d'appeler à
l'unité, à la cohésion pour faire face à tous ces défis que nous connaissons
dans notre pays. »
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